____Assise près de la fenêtre; j'admire avec un émerveillement non contrôlé la mer brillante qui s'étend par delà ma maison. Chaque jour, je peux la voir, mais je ne m'en lasse pas. Cet endroit me correspond vraiment, il m'a permis de m'évader de la grande ville où j'étouffais, pressée entre un job crevant, un petit ami voulant recoller les morceaux et des parents beaucoup trop autoritaire. A présent je suis seule, et heureuse de pouvoir enfin boire un café tranquillement, avec pour seul bruit les cris des mouettes et le roulement des vagues. Je ferme les yeux et hume avec délice les embruns marins rapportés par la brise matinale. Apaisée, je pose à la hâte ma tasse dans l'évier, saisit mon long manteau noir et me dirige vers ma voiture garée à l'extérieur. Je glisse la clé dans le contact et saisit une cigarette dans son étui. Je tire une bouffée, me cale confortablement au fond du siège, et me prépare a l'heure de route qui m'emmènera au travail, le cabinet d'avocats Smith & Joe... Malgré mon changement d'air et mon déménagement, je n'ai pas pu rompre avec toutes les parcelles de moi-même, et j'aime beaucoup mon travail. J'ai donc décidé de le garder, me résoudant sans peine à subir 1 heure de route tous les matins et tous les soirs... C'est peu cher payé pour la tranquilité et la paix qui règne ici. Je fais vrombir le moteur, et pars comme une balle sur la route déserte, bien préparée à ma dernière journée de travail avant 3 semaines de vacances bien méritées. Quelques dossiers à rempiler, des papiers à signer, et je serais chez moi avant sept heures... Fière de cette perspective, je souris, et branche la radio pour laisser ma chanson préférée résonner dans l'habitacle. Inconsciemment, je me met à chantonner, et me perds dans mes pensées... Je repense à Josh, à notre rencontre plus précisémment...
____Je me rappelle de tous les détails, il faisait froid, on était au mois de janvier. Emmitoufflée dans mon énorme écharpe, je regardais à peine où je marchais, tâchant d'arriver le plus vite possible dans le café du coin pour siroter un énorme café chaud. Cette perspective réjouissante en tête, j'ai passé un tournant et percuté un homme. Et c'était lui. En m'excusant, je relevais la tête en arrière vers ses yeux noirs (il était vraiment très grand) et lui sourit honteusement. Il m'a invitée à prendre un verre, j'ai accepté volontiers, et tout a démarré. Comme dans les films, comme dans un conte de fée. 2 ans de bonheur et de joie, à rire et plaisanter jusqu'à des heures avancées de la nuit, des heures à me faire l'amour comme jamais aucun homme ne l'avait fait. Je pensais que c'était l'homme de ma vie, vraiment... Jusqu'à ce que je le surprenne avec sa secrétaire. Et oui, comme dans les films. Je l'ai fichu à la porte, hurlant que je ne voulais plus jamais le revoir, que je voulais qu'il crève pour le mal qu'il m'avait fait. Et il était parti, laissant derrière lui une épave. Je n'ai réussi à me relever que grâce au soutien et à l'amour de ma meilleur amie, Sally. Sans elle, je serais encore à trainer dans les bars de Liverpool à enfiler des bières avec des larmes continuellement en train de couler de mes joues. C'est une période de ma vie que je tente de refouler, pour me tourner vers l'avenir. Mais l'amour passe en second maintenant...
____Je prends un virage un peu serré et me reconcentre sur la route. Immanquablement, je me remet à divaguer, réveuse comme je suis... Je pense à mes parents qui tenaient à ce que j'aille habiter chez eux après ma rupture. Plutôt crever. Depuis mon adolescence, ils m'ont pourri la vie, m'empêchant de rencontrer des gens et de sortir, me consignant à la maison pour faire le ménage et la lessive... Aucune envie de garder le contact avec eux. De plus, ils avaient désaprouvé ma romance avec Josh, sous prétexte qu'il n'avait pas un job qui puisse rivaliser avec le mien... Je les aurais tués. Surtout ma mère, avec sa maniaquerie détestable et ses tocs nerveux. Sans parler des critiques qu'elle ne pouvait s'empêcher de ma balancer à la figure chaque fois que je passais chez eux...
____Je tire une nouvelle fois une bouffée de ma Lucky Strike en secouant la tête pour retrouver une vision nette et cesser de penser à ces conneries. J'augmente le son de la radio et débouche sur une petite route d'environ 3 kilomètres, droite, sans arbres, sans bosees.
____Et je pousse le moteur.